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"Un Parlement en toc" : l'amertume d'une députée macroniste, décidée à ne pas se représenter à l'Assemblée La newsletter politique de Thomas Legrand

Même si leur mandat prend fin en juin, certains députés savent déjà qu'ils ne reviendront pas à l'Assemblée nationale : ils ont décidé de ne pas se représenter. Parmi eux, Annie Chapelier, qui porte un jugement sans appel sur le fonctionnement du Parlement.

Elle était l'un de ces nouveaux visages, l'un ces élus venus de la société civile, entrés en politique dans le sillage d'Emmanuel Macron en 2017. Annie Chapelier nous reçoit dans son (tout) petit bureau de l'Assemblée nationale. "J'avais un bureau très confortable, avec un lit. Lorsque j'ai pris un pied-à-terre, j'ai dû déménager. On m'a donné le choix entre deux placards, j'ai pris celui-là", lance-t-elle dans un éclat de rire. La députée de la 4e circonscription du Gard y a passé du temps, dans ce bureau. "Il m'est arrivé deux ou trois fois de dormir sur la moquette", s'amuse l'infirmière-anesthésiste de profession, qui raconte "les semaines de 60 heures minimum, parfois plus de 100 heures". Elle quitte les lieux "la conscience tranquille" mais surtout "extrêmement amère". Quand on lui demande si elle a le sentiment d'avoir été utile, la répond fuse : "Non !"

"C'est totalement dysfonctionnel"

De là vient son envie de "dénoncer" tout ce qui, selon elle, ne tourne pas rond au Palais Bourbon. D'abord, un univers qui reste "très masculin" malgré la féminisation de l'hémicycle qui s'est encore accélérée il y a 5 ans (224 députées sur 577). "Cela a beaucoup évolué", reconnaît Annie Chapelier. "Mais cela ne signifie pas que le rôle des femmes et celui des hommes sont équilibrés".

Ensuite, une Assemblée qui vote trop de textes (environ 500 par mandature) pour peu d'efficacité. "On avance sur certains points, on fait des petits pas", admet-elle, citant l'allongement du délai de l'IVG. "Mais au prix de combien d'efforts ? Combien de personnes mobilisées ? Quel coût financier ? C'est totalement dysfonctionnel. La moindre entreprise qui fonctionnerait avec la même rentabilité mettrait la clé sous la porte au bout d'un an !"

Une majorité trop "docile"

Dans son viseur aussi, ses collègues marcheurs. La députée du Gard avait claqué la porte du groupe La République en Marche en janvier 2020, dénonçant un manque de démocratie interne. Celle qui siège aujourd'hui au groupe Agir - la droite macroniste - est toujours aussi cinglante, même si elle est restée dans la majorité présidentielle : "C'est l'une des rares réussites de LREM... Ils ont perdu une cinquantaine de parlementaires, mais ils ont réussi à fabriquer des gens très dociles, aussi."

De son expérience d'élue déçue, Annie Chapelier a tiré un livre, qu'elle espère publier avant l'élection présidentielle : "Un Parlement en toc". Un titre volontairement provocateur, inspiré par la statue de Montesquieu qui trône dans le jardin du Palais Bourbon. "La tradition veut que si un député lui caresse le pied, il aura un texte de loi voté à son nom", raconte-t-elle. "J'ai découvert que la statue était en toc. C'est du plâtre, l'original est dans les caves de l'Assemblée. Si vous tapez dessus, cela sonne creux..."

Constat sévère, qu'elle espère salutaire : Annie Chapelier veut alerter sur la nécessite de renouveler d'urgence les institutions démocratiques, un "rendez-vous manqué" du quinquennat d'Emmanuel Macron. Comme elle, une trentaine de députés de la majorité sont tentés de ne pas se représenter.